Arts martiaux : légendes, histoires et réalités
S'il n'y avait eu Richard Nixon
Tout le monde connaît aujourd’hui le temple Shaolin, du moins de réputation. Et pour ceux qui ne le sauraient pas il s’agit d’un monastère bouddhiste Chinois construit au VIème siècle après J. C. Ce temple fut élevé sous le règne de l’empereur Hsiao Wen de la dynastie Wei du Nord, plus précisément dans la province du Honan , pays du fleuve jaune.
Rien en soi d’extraordinaire si ce n’est que ce temple pour les pratiquants d’arts martiaux chinois ou qui en découlent est le saint des saints de l’art du combat.
Bien que temple bouddhiste, l’histoire qui souvent se confond avec la légende, laisse entendre qu’en ce lieu mythique et mystique naquit les plus redoutables techniques de combat à main nue ou avec armes, surtout lorsqu’en 626 monta sur le trône Lĭ Shìmín plus connu sous nom du premier des empereurs de la dynastie des Tang, TàiZōng , qui pour remercier les moines Shaolin de leur aide en prenant position en sa faveur face à son adversaire, non seulement anoblit certains d’entre eux mais qui plus est par décret impérial établit 500 moines soldats pouvant pratiquer les arts martiaux et augmenta par là même les richesse du temple en accordant 36 000 hectares de terre à la communauté.
Si Bodhidharma ou Pu Ti Da Mo pour les Chinois en 525 y apporta le bouddhisme chan issu du Mahayana ( Grand Véhicule ), ce temple avec le temps eut la réputation d’être le repère des loyalistes à la dynastie Ming (1368 – 1644 ). Ce qui lui valut les foudres de la dynastie Qing ( 1644 – 1912 ) et donc sa destruction.
Lorsqu’en 1912 naquit la République de Chine et surtout lorsque celle-ci deviendra à partir de 1949 la République Populaire de Chine et que la Révolution culturelle aidant les « vieilleries » seront mis de côté, le Temple Shaolin s’enfoncera dans l’oubli. Du moins presque…
En effet, lors d’une visite en Chine, c’est le président américain Richard Nixon ( 1913 – 1994 ) en 1972 qui insistera pour visiter ce temple jusque là oublié par les autorités chinoises qui, pour plaire à leur hôte, s’empresseront de le retrouver et de le réhabiliter.
Sans cette insistance pour sûr, qu’aujourd’hui, ce lieu hautement historique serait tombé définitivement dans l’oubli, la suite on le sait, c’est la résurgence des arts martiaux traditionnelles qui va faire le reste.
Le saviez-vous ?
Rien n’est simple sous le ciel. Surtout en ce qui concerne les arts martiaux. Si aujourd’hui il existe une plénitude d’écoles et de styles, il est difficile pour un néophyte de s’imaginer qu’à l’origine en ce qui concerne le karaté que celui-ci n’était connu qu’à Okinawa. C’est grâce à Guichin Funakoshi Sensei ( 1868 – 1957 ) considéré comme le père du karaté moderne que l’on doit de connaître cette discipline.
Mais je vais en choquer plus d’un parmi les puristes en disant que ce n’est pas seulement grâce au Maître Guichin Funakoshi que son art pu prendre un certain essor mais aussi grâce à l’intervention d’un autre Grand Maître des arts martiaux japonais à savoir Jigorô Kanô Shihan.( 1860 – 1938 ).
En effet, quand Jigorô Kanô Shihan, grand maître – fondateur du judo, se décida à 17 ans d’être l’élève de Maître Fukuda de l’école Tenjinshinyo-ryu, puis du kito ryu, avant de fondé le judo du Kôdôkan ( Institut du Grand Principe ), il participait déjà à la sauvegarde des anciens jujutsu de l’Empire du Soleil Levant qui se mourait suite à la révolution de l’Ere Meiji ( 1868 – 1912 ).
Homme de géni qui pensait déjà que les arts martiaux pouvaient être un élément de développement moral de l’homme et de la société en général, il invita en 1921, après que Maître Guichin Funakoshi eut présenté un kata sur demande du Département de l’Education, celui-ci à venir faire une conférence au Kodokan. Ce qui se fit devant plus de 100 personnes.
Cette invitation ne fut pas sans incidence sur le développement du karaté qui avait éveillé la curiosité du fondateur du judo sollicitant de Maître Guichin Funakoshi qu’il lui enseigna quelques bases de son art . D’autant plus que Jigorô Kanô Shihan, universitaire, philosophe et idéaliste était président de l’institut Kôdôkan de Judo et Conseiller au Ministère de l’Education Nationale représentait une valeur sûre pour l’ensemble du budo japonais.
Qu’on ne s’y trompe pas.
Dans les arts martiaux dit durs, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. D’ou vient que cette sentence y soit aussi vraie ? Je pense que beaucoup ont une certaine idée erronée de la réalité martiale. Bien souvent ils confondent ce qu’ils voient dans les mass médias d’avec ce qui se passe dans la réalité. Les films qu’ils visionnent sont des images de l’instantanée et, commerce oblige, ces images sont souvent édulcorées. Bien souvent on y voit un héros qui gagne à tous les coups, beau, musclé, intelligent, rusé et j’en passe. Par ailleurs les scènes présentent des coups spectaculaires qui invitent à l’admiration et suscite l’envie d’être à la place de ce personnage haut en couleur.
Pourtant pour ceux qui ont eu le courage un jour de franchir les portes d’un kwoon ou d’un dojo et surtout de s’y maintenir ne serait-ce quelques années, la réalité est tout autre. En effet, on est bien loin de ces images stéréotypées de l’homme parfait. Et plus l’individu se force à acquérir les connaissances qui lui semblaient faciles jusqu’alors, plus il se rend compte des illusions inhérentes à ses pensées.
En effet, dans son aspect le plus brut, il n’y a pas de temps dans un kwoon ou dojo pour le spectacle. L’idée principale est bien celle de l’efficacité immédiate certes mais caractéristique d’une situation conflictuelle réelle. On n’a pas le temps de tergiverser.
Vous imaginez vous dans une situation réelle où vous vous trouvez en danger en train de faire moult mouvements et scènes pour vaincre votre adversaire ? Non seulement c’est une perte de temps mais aussi une perte d’énergie profitable à l’agresseur qui lui n’a qu’une seule idée en tête, parvenir à ses fins le plus rapidement et le plus efficacement possible.
Cela relèverait du burlesque si, dans un conflit qui n’aurait pu se traiter à l’amiable, un pays qui aurait envoyé ses soldats combattre l’ennemi, s’entendrait dire que ceux-ci auraient perdu le combat non pas faute de moyens mais faute d’avoir tenu compte de la réalité dans laquelle ils évoluaient en se donnant en spectacle, en croyant que cela était un jeu.
Répétons-le encore une fois, il n’y a pas de place dans une salle d’entraînement traditionnelle pour le spectacle à moins que celle-ci ne vise que le spectacle et l’aspect artistique des arts martiaux.
Si l’on s’en tient au premier aspect des arts martiaux voilà pourquoi il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus dans ce genre d’activité.
En effet, bien peu de personne manifeste réellement un intérêt certain pour l’art martial tel qu’exposer ci présentement. Car en plus de la répétition des techniques, il y aussi ce que l’on ne devine pas lorsqu’on est subjugué par un spectacle, c’est le temps passé à s’entraîner donc à souffrir et à suer. Atteindre un certain niveau suppose un long apprentissage qui n’est pas exempt de souffrance physique et moral.
Car il faut aussi être honnête, ce n’est pas parce qu’on s’entraîne qu’on sera forcément vainqueur. Et c’est là le plus douloureux pour un pratiquant. Perdre la face alors même que tout laissait entendre qu’on ne pouvait que gagner. La résurgence de frustrations constitue l’un des plus durs obstacles dans la progression martiale. Il suffit que le rêve se brise pour voir tout autant les plus durs quitter le navire. Oui vraiment, il y a beaucoup d'appelés et très peu d'élus...
Le présent n’est que le miroir du passé.
Il existe dans les arts martiaux une certaine quête d’un idéal. Une sorte d’absolu à atteindre coûte que coûte pour les passionnés. Cet absolu ne souffre d’ordinaire d’aucune contestation. L’on tient pour vrai ce qu’on n'a pas vu mais entendu dès lors qu’il nous paraît fondé, d’autant plus si la source se veut une référence dans notre champ d’activité.
Ceci pour dire que souvent il m’arrive d’écouter des enfants, voire des adultes, discuter entre eux et quand ceux-ci se mettent à parler d’arts martiaux d’aucuns ne contestent dans ce domaine la supériorité dans l’art du combat de Maître Lee Siu Lung. A me direz-vous mais qui est Maître Lee Siu Lung ? Mais si vous le connaissez. Alias Bruce Lee. Pas un enfant et pas un adulte, ne semble ignorer ce personnage haut en couleur.
Parlez-leur par contre de Maître Gichin Funakoshi Sensei ou de O Sensei Morihei Ueshiba ou encore de Jigaro Kano Shihan ou de Sifu Yip Man pour ne citer qu’eux. Alors ils vous regarderont avec des yeux de merlans frits. Et pourtant, sans l’existence de ces Grands personnages, on peut dire que les arts martiaux asiatiques seraient tombés dans l’oubli.
En effet, lorsque l’Asie constata son retard par rapport à l’Occident et surtout lorsque les Asiatiques se virent dominer par les Occidentaux du fait de leur évolution technologique et militaire et qu’ils décidèrent d’en adopter les modes, les arts martiaux traditionnels perdirent de leur valeur au risque de disparaître définitivement.
En effet, si par ailleurs, l’ère Meiji-jidai 1868 – 1912 ( Ere des lumières ) au Japon avait désarmé les samouraïs en raison d’une transformation radicale du monde politique, militaire, sociale et économique, sonnant le glas des budos traditionnels, en Chine la Révolution culturelle de 1966 était passée par là pour considérer comme anachronique tout ce qui pourrait se référer au passé, détruisant bien des savoirs plus que millénaires notamment dans le champ des arts martiaux.
S’il n’y eut alors un Jigaro Kano Shihan pour transformer le jujutsu en judo, un Gichin Funakoshi Sensei pour transmettre contre vents et marées son art martial d’Okinawa emprunt de techniques venues du Fujian, un O Sensei Morihei Ueshiba pour transposer ce qui restaient des arts traditionnels japonais en un art martial pacifique à savoir l’Aïkido accepté par l’occupant Américain du fait de l’attaque de Pearl Harbour en 1941 par les Japonais, un Sifu Yip Man pour transmettre son savoir à Maître Lee Siu Lung, sûr et certain que les différents styles que l’on connaît aujourd’hui ou que la résurgence d’anciennes disciplines comme le jujutsu n’auraient jamais pu se faire.
Le présent n’est que le miroir du passé. Il suffit d’y regarder attentivement pour s’y retrouver et la route qui mène à la félicité.
L'art sorti de son milieu d'origine.
Lorsque l’on naît plus que modeste dans la violence, que l’on grandit dans la violence et que l’on subit la violence physique et verbale on ne peut souhaiter qu’une seule chose c’est en réchapper afin de ne pas la reproduire et s’auto détruire. L’un des plus sûrs moyens c’est de faire de cette force négative, qui ne manquera pas malgré tout de laisser des traces, un élément de soi positif et constructif profitable à tout un chacun.
Beaucoup pour faire face à ce genre de situation et protéger leur individualité se fraient un chemin parmi des activités qui les interpellent ou s’attachent à une figure positive qui les aura beaucoup marqué positivement. Et lorsqu’ils parviennent à surmonter ces épreuves somme toute très dures, nous sommes dans ce que Borris Cyrulnik nomme la résiliation.
Dans la région où je vis beaucoup de jeunes s’orientent vers les arts martiaux asiatiques ou eurasiens et non pas des plus doux mais des plus durs tels que la Muay Thaï, le kick boxing, le jujutsu…considérant les arts martiaux classiques tel que le karaté, le judo, l’aïkido comme de la merde. Bien souvent ce sont des jeunes issus de milieux très défavorisés où ne sont pas absents la violence et un manque de repère évident.
Ces jeunes ( pas tous bien entendu ), au travers de ces arts martiaux qui n’ont pas la même connotation négative dans leur pays d’origine, fuient la violence familiale au travers d’une violence institutionnalisée pour s’endurcir davantage et faire montre d’une carapace d’insensibilité. Leur démarche, leur langage sont tout autant l’expression d’une violence contenue ne demandant qu’à s’extérioriser à la moindre étincelle et prouver par là-même leur capacité à faire face à des situations hostiles. Pourtant loin s’en faut que les maîtres tolèrent une telle attitude. Je me souviens d’un de cela ayant été exclu de son club de Boxe Thaï pour non respect de l’adversaire. En effet, celui-ci à l’entraînement n’avait pas hésité à fracturer la mâchoire de son partenaire pour lui prouver et prouver à l’ensemble du club ses capacités techniques et donc qu’il était le meilleur. Non content d’avoir été exclu de son club, ce même jeune qui n’était âgé que de 14 ans quelques temps plus tard, au vu de son attitude provocante et agressive fut exclu définitivement du collège dont il dépendait.
Que faut-il alors penser des arts martiaux lorsqu’ils n’arrivent plus à endiguer ce pour quoi ils ont été créés ? La maîtrise de soi, la réussite par l’effort constant et les services rendus à la société.
En effet, si nous prenons le cas de la Muay Thaï il va s’en dire qu’en Thaïlande, pays que nous avons eu l’occasion de visiter, l’esprit de la boxe n’est pas sans l’attachement à une certaine spiritualité et à une certaine éthique à l’égard de la communauté thaïlandaise. Malheureusement il faut croire que les images véhiculées par le biais des médias sont males interprétées par les jeunes de nos cités occidentales qui ne retiennent par ailleurs que ce qu’ils veulent y retenir en premier lieu la violence et en second lieu, quelque chose qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas comprendre l’aspect spirituel de l’art martial. Mais peut-on réellement leur en vouloir qu’en on sait, soit dit en passant, qu’en Occident la spiritualité est morte depuis longtemps.
En Thaïlande bien souvent, lorsqu’un Boxeur devient champion il ne roule pas pour autant des mécaniques et reste humble parmi ces pairs d’autant plus que la somme gagnée pour le championnat revient pour beaucoup au club qui l’a formé.

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