Arts martiaux : légendes, histoires et réalités
Vider sa tasse.
Il était une fois en Chine ou peut-être ailleurs mais certainement pas en dehors de l’Asie d’où montent certaines clameurs. Je disais donc qu’il était une fois deux jeunes maîtres ayant entendu la réputation d’un plus âgé qu’eux s’en allèrent à sa rencontre pour recevoir de ses conseils et progresser sur la voie des arts martiaux. Ainsi donc reçus par le Sifu ( entendons maître-paternel ) ceux-ci commencèrent à l’interroger. Mais à chaque fois que le Sifu leur donnait une explication ils ramenaient tout à leur art.
Nous étions à une période où l’hiver était plutôt rigoureux. Le Sifu pour honorer ses visiteurs demanda à sa servante de ramener quelques boissons chaudes. Celle-ci présenta sur un plateau trois types de boissons : du thé cela va de soi car n’oublions pas que nous sommes en Asie, du café et du chocolat car on ne sait jamais...
Les deux jeunes maîtres ne sachant la saveur des deux autres boissons se contentèrent de prendre du thé comme à leur accoutumé. Le Sifu lui se délecta du café.
Voyant le Sifu se délecter du café dont il ne devinait absolument pas le goût mais percevait l’essence par l’effluve qui en émanait de la tasse, l’un des jeunes maîtres tendit sa tasse à celui-ci et lui demanda :
- Sifu, puis-je goûter un peu de cette boisson dont vous semblez vous délecter ?
- Sans aucun problème maître, répondit le Sifu en lui versant du café dans sa tasse de thé.
Le jeune maître porta la mixture à sa bouche et déposa promptement celle-ci sur la table en faisant une grimace.
Le deuxième jeune maître ayant vu la réaction de son compagnon ne se hasarda pas à demander du café au Sifu mais plutôt du chocolat en ces termes :
- Sifu, voilà bien une boisson dont je ne connais ni la provenance, ni l’essence. Pourrais-je, s’il vous plaît, y goûter ?
- Bien volontiers, répondit le Sifu toujours aussi aimable en lui versant du chocolat dans sa tasse de thé.
Et voilà notre jeune maître portant la coupe à sa bouche et la reposant immédiatement faisant tout autant des grimaces.
Alors la question vint de l’un d’entre ces deux jeunes maîtres.
- Sifu, comment pouvez-vous boire ces boissons qui ont un goût aussi abominable ?
- Peut-être, répondit le sifu, avant de boire toute autre boisson, ai-je pris l’habitude de vider ma tasse afin d’apprécier ce qui est nouveau.
La morale de cette histoire vous l’aurez compris c’est qu’avant de bénéficier d’un enseignement il faut déjà faire montre d’humilité et se vider quelque peu de l’orgueil qui nous anime bien trop souvent.
Le principe du non attachement ou l'ici et maintenant.
Il n'est pas aisé à un esprit occidental bien souvent très cartésien de comprendre le principe du non attachement ou de l'ici et maintenant. Rien ne sert aussi de discourir en long et en large pour le faire comprendre à tout un chacun qui voudrait ne serait-ce quelque peu s'y intéresser surtout dans le domaine des arts martiaux où l'on a de cesse de demander aux pratiquants de canaliser leur énergie sur l'ici et le maintenant. Mieux vaut partir à l'essentiel en relatant cette petite histoire que d'aucuns diront chan ou zen selon leur goût.
Deux moines bouddhistes quittèrent très tôt leur monastère tout en haut de la colline pour mendier dans le village d’en bas quelques nourritures. C’était le temps de la mousson et durant la nuit il avait beaucoup plu. Arrivés au village alors même qu’ils longeaient l’allée centrale ils virent une jeune femme, belle, magnifiquement vêtue ( genre de femme que tous les hommes aiment quoi..) qui hésitait, de peur de se salir, à traverser la route tant celle-ci était boueuse.
L’aîné des deux moines s’approcha alors de la demoiselle et la souleva dans ses bras pour lui faire traverser la route. Ceci étant fait, les deux moines reprirent leur chemin.
Mais au bout d’un certain temps le cadet dit :
- Frère aîné puis-je te poser une question ?
- je n’y vois aucun inconvénient répondit l’aîné.
- Tu sais que nos règles monastiques nous interdisent de toucher les femmes reprit le cadet.
- Tout à fait prononça l’aîné.
- Mais alors pourquoi tout à l’heure as-tu enfreint cette règle en transportant dans tes bras une femme ?
- Ainsi donc, repris l’aîné, tu es encore avec cette femme ?
A méditer...
Ki : énergie
J’emprunte au cœur des Maîtres l’histoire des hommes, ceux qui ont fini de naître et ceux qu’on assomment pour conter en ce lieu quelques airs qu’on fredonne dans les kwoon ou dojo de quelques royaumes. Homme si tu n’y as point pied n’y entre de gaîté car ton souffle risque envers et contre tout d’être coupé et la mort te surprendre tant l’infini n’a point de bonté quand l’esprit n’y est point préparé.
Il se dit donc à mi-clos qu’il est une force qui sourd au fond de l’homme ne relevant ni du physique, ni du technique mais du psychique et dont il importe à tout adepte d’arts martiaux d’en maîtriser l’essence à défaut de la quintessence s’il veut vivre encore pleinement son art quand la jeunesse lui aura fait défaut et que la vieillesse lui servira d’oripeaux.
Ces dires reviennent, surgissant comme des échos des ténèbres et des tombeaux pour maudire le profane et le sot qui prétend-on, ne se serait arrêté qu’à l’aspect extérieur des arts martiaux et se serait moqué des kata et des tao.
En effet, disent les anciens Maîtres, il est une force qui naît de la répétition de ces mouvements, qui fendent le vide et oublient le temps et demandent une concentration de tout instant, un retour à soi même, propulsant par la maîtrise du souffle l’homme dans le néant, et dont la gestuelle combative, boxe de l’ombre, l’en sort plus que jamais vivant conscient que ne faisant qu’un avec l’élément Ki énergie universelle dont chaque être découle, repart et dépend.
Ki, élixir de vie que d’aucuns initiés dans la pénombre, se gardent bien de livrer au grand nombre, conscients tout autant des dangers qu’un tel savoir transmis à des gens peu aguerris n’aurait d’autre effet que la perversion de l’esprit et le règne de l’hécatombe et la précocité de la maladie.
Mais que l’adepte des arts martiaux ouvre son esprit et voilà que le contact s’établit de ching à ki de ki à shen de shen à hsu, que l’océan du souffle se met en branle et que renaît l’envie celui d’apprendre encore et toujours en partageant et en protégeant la vie.
Chan et Zen
Le zen est à la mode en Occident. La publicité s’en est emparée. Les commerces en font leur choux gras. Pas un individu cultivé ne semble l’ignorer. On parle zen, on mange zen, on dort zen, on pense zen, on s’habille zen, on s’aime zen et sans haine et surtout sans « zène » pardon je voulais dire sans gène. Mais d’aucuns semblent oublier la nature même du zen. Beaucoup semble croire que ce courant de pensée émerge au Japon. Loin s’en faut. Si le Japon a su le mettre en avant c’est surtout de par sa culture hautement raffinée qui traduit tout dans cet esprit qui lui est propre celui de la beauté, du parfait et de l’exquis.
Mais le zen relève surtout du Chan qui se réfère à la branche du bouddhisme du Mahayana ou Grand Véhicule. Vers le début du VIème siècle un moine indien du nom de Boddhidharma (v. 460-534 ), Pu Ti Damo pour les Chinois, Daruma Taishi pour les Japonais, l’amena en Chine avant qu’il ne migre à la fin du XIIème siècle au Pays du Soleil Levant où, influencé par des conceptions du Shinto il se transforma en zen-shou en japonais ou tout simplement Bouddhisme-zen.
Ce qu’il faut savoir c’est que dérivant du sanscrit Dhyana que l’on traduit par « absorption » ce concept d’origine avant tout hindouiste tend à la concentration méditative du sans but afin d’atteindre l’Eveil que d’aucuns selon leur appartenance traduiraient par Boddhi, samadhi, ou encore satori… avec tout ce que cela suppose d'appréhension de l'univers.
Il est une histoire qui raconte que Boddhidharma interrogé par l’empereur Chinois Wu de la dynastie des Liang ( empereur de 502-549 ) n’accorde aucun mérite au souverain pour ses actions accomplies en faveur du bouddhisme et lorsque celui-ci lui demande courroucé de par son attitude non moins emprunt d’aplomb qui il est lui qui se tient devant le monarque, le moine lui répond toujours aussi calme : « je ne sais pas » avant de s’en aller vers, dit-on, le temple Shaolin dans lequel il ne pourra rentrer qu’au bout de neuf ans de méditation assis face à un mur.
Dhyana, Chan, zen autant d’expressions pour signifier la méditation sans but, un état conscient de vide absolu chose presque impossible au commun des mortels que nous sommes tant le vide nous donne le vertige.
Certains croient aussi qu’il suffit de se mettre en zazen pour atteindre cet état mais comme nous le dit les propos que l’on prête toujours à Damo, « s’il suffisait de se mettre en zazen pour atteindre l’Eveil, les grenouilles et les crapauds en seraient déjà experts ».
Du ji-jitsu au judo
Il va sans dire que les arts martiaux sont divers tant par leurs techniques que par leur philosophie. Mais, il y a un fait établi qui ne peut échapper à personne c’est l’étroite relation entre le judo et le ju-jitsu.
D’abord qu’est-ce que le ju-jitsu ou ji-jitsu. Le ju-jitsu n’est ni plus ni moins qu’un ensemble de technique de combat où n’est pas absent les coups, les projections et les contrôles. Il est difficile de situer son ancienneté dans le temps bien qu’il soit présent au Moyen Age dans les pays asiatiques.
On le découvre surtout au Japon où la caste guerrière des samouraïs s’y emploie dans un travail à main nue.
Lorsqu’en 1882 Jigoro Kano Shihan ( 1860 – 1938 ) décide de mettre sur pied le judo, qui se veut avant tout un sport plein d’une éducation physique et mentale, il ne trouve pas d’autres sources que deux école principales à savoir le Kito-ryu-ju-jitsu soit l’école de la chute et de l’élévation et le Yoshin-ryu-ju-jitsu autrement dit l’école du cœur de saule dans lesquelles il avait étudié.
Pour ce faire, si le ju-jitsu que l’on peut traduire par technique de la souplesse, était à l’origine un art guerrier pour mettre fin au plus tôt à une attaque au corps à corps sur les champs de bataille, Jigoro Kano y ôta l’esprit d’agressivité et de destruction et en fit un voie celle du Judo. Entendons la Voie de la souplesse.
Dans les années 1990, le ji-jistu refera son apparition de façon très médiatique au travers du ji-jitsu dit brésilien. Mais d'aucuns ne sauraient nier que les techniques y furent enseigner par un maître japonais à une famille brésilienne. La racine du ju-jitsu ou ji-jitsu qu'on le veuille ou non reste japonaise.

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